La fontaine Saint-Jacques

La fontaine Saint-Jacques
A 4 km du village en direction d’Ygos, au-delà de l'autel, un sentier aboutit aux 7 sources dont les eaux se regroupent dans un bassin  avant de se jeter dans le ruisseau de Suzan. Les 7 branches correspondant aux 7 péchés capitaux.

 Le site

Autel

  

On est accueilli sur ce joli site par un autel construit sur une élévation, avec une statue gravée de Saint-Jacques et de sa fameuse coquille. Des fleurs et autres offrandes y sont régulièrement déposées. Puis un petit sentier nous conduit jusqu’au sept sources, que l’on dit correspondre aux sept péchés capitaux, et qui se réunissent ensuite en un seul bassin, avant de dévaler jusqu’au ruisseau le Suzan, un peu plus bas.

Dans le Pays Tarusate, les anciennes croyances prêtent à la fontaine Saint-Jacques le pouvoir de soigner les problèmes de peau comme les verrues. Si cela est difficile à prouver, beaucoup de Landais viennent boire cette eau, au moins pour son goût. Un collecteur rassemble l'eau des 7 sources et coule abondamment, été comme hiver. On peut aussi profiter simplement du calme et du charme qu'offre ce site pour une promenade, seul ou en famille.

Les sources sont très nombreuses dans les Landes (il en existe environ 200), et la grande majorité d’entre elles ont la réputation de posséder des vertus guérisseuses. Elles sont placées sous la protection d’un saint chrétien. Bien sûr, chacune de ces sources a ses propres caractéristiques, et certaines ont même des légendes qui leur sont rattachées.

C’est le cas de cette Fontaine Saint-Jacques, qui se trouve perdue au milieu de la forêt, entre Saint-Yaguen et Ygos-Saint-Saturnin.

La légende de cette fontaine a été posée par écrit par le Dr Jean Peyresblanques, et voici ce qu’elle raconte :

Un jour, Saint-Jacques, le grand Saint-Jacques de Compostelle, décida de venir faire un tour sur la Terre. Il en avait assez d’entendre les autres saints lui reprocher ses milliers et ses milliers de fidèles : même Saint-Pierre, à Rome, avait moins de pèlerins ! Ainsi lui laissait-on entendre que son pèlerinage n’était guère difficile, tandis que les autres…

Il vint donc voir comment son pèlerinage se déroulait.

Il arriva un soir à Suzan, et trouva là, trois pauvres pèlerins, dépouillés et blessés, venus panser leurs plaies à la fontaine.

– Et que vous est-il advenu, mes amis ?

– Hélas, ami, hélas, près d’ici vit un seigneur féroce qui nous a dépouillés, et le fait ainsi à tous les voyageurs. C’est un brigand infâme qui vit comme une bête sauvage, et en a tous les instincts.

Alors, d’un pas décidé, Saint-Jacques partit vers le repaire redouté, à la grande stupeur des autres pèlerins.

Près du château existait une source fraîche qui bouillonnait en un magnifique bassin naturel. Cette eau limpide l’attira et il s’en approcha. Pfft ! Une flèche le frôla. Il fit un bond en arrière et un sonore éclat de rire retentit. Il ne vit rien. Il essaya à nouveau de s’approcher. Pfft ! Une nouvelle flèche. Le brigand s’amusait avec deux de ses soudards. Les libations avaient bénéficié de la générosité forcée des pèlerins, et les trognes brillaient, enluminées.

– Holà, que me voulez-vous ?

– Mon beau seigneur, vous avez pauvre dépouille et coquille de messire Saint-Jacques, mais l’huître contient aussi la perle dans une affreuse carapace. Et près d’ici, un oratoire de notre grand patron menace ruine, donnez-nous donc la ceinture de cuir, avec les écus et les beaux louis d’or qu’elle contient.

Et, saisi par des mains brutales, le pauvre pèlerin dépouillé, nu comme un ver, se retrouva barbotant dans la fontaine.

– Lave-toi, misérable pécheur, lave-toi de tous tes péchés ! Tu as sept sources, allez, lave-toi de tous tes péchés. Tu en as assez pour tous les capitaux ! Ah ! Ah ! Les sept péchés capitaux !

Et un rire gras secouait les hommes d’armes.

Saint-Jacques, tout trempé, sortit de son bain.

– Mais il va avoir froid le pauvre pèlerin, vite, réchauffons-le !

Et un bon passage à tabac le laissa ensanglanté, moulu, sans force, sur le chemin, avec auprès de lui quelques hardes que les voleurs lui avaient jetées, en pestant avec d’autres quolibets très malsonnants !

Le Saint décida de sévir. Que ces bandits fassent leur métier de brigand passe encore, mais en son nom ! Aussi fit-il une petite prière au Seigneur, et dans la nuit il y eut une grande tempête. Le château disparut avec ses occupants dans un incendie crépitant. La fontaine rentra alors dans le sol et jaillit à la limite du territoire des bandits, assez loin de là. Elle garda ses sept sources dans ses trous bouillonnants, et se rejoignant dans une belle vasque.

– Ce ne sera plus les sept péchés capitaux, pensa Saint-Jacques, mais les sept sacrements, et mes pèlerins ne risqueront plus rien à cet endroit !

Il en fut ainsi, et on construisit près de là une belle église au clocher trinitaire : Saint-Yaguen.

Mais la légende ne s’arrête pas là…
On dit aussi qu’un peu après cette histoire, la fontaine se serait encore déplacée.

A Saint-Yaguen, la fontaine se trouvait près du lavoir municipal, et toutes les femmes du village allaient y laver leur linge. Ces lavandières gasconnes avaient la langue bien pendue, rien ne leur échappait, rien n’avait grâce à leurs yeux. Dieu sait les histoires qui se racontaient à cet endroit-là et qui étaient colportées à plaisir. L’une de ces lavandières était même, dit-on, un peu sorcière, et aurait appris à ses compagnes une danse particulière, le saut de saccule, qu’elles dansaient toutes avec plaisir dans des rondes interminables.

On ne sait si Saint-Jacques en eut assez de ce « nid de vipères », à la langue pointue et aux jupons légers, mais un jour la source disparut en grondant, le jour de la fête de Saint-Jacques. Les paroissiens affolés alertèrent le curé, qui se précipita la croix à la main. Ils coururent tous, suivant le grondement sourd qui ébranlait la terre. Le curé put le dépasser, juste avant la limite de la commune. Tout essoufflé, il planta la croix et, tombant à genoux, fit une fervente prière au Seigneur pour que la source leur restât. Et en effet la source réapparut, bouillonnante, avec ses sept trous.

Ces danses, ces rondes que les femmes d’autrefois appréciaient particulièrement, pourraient être à l’origine du mythe des Sabbats, ces grands rassemblements de sorcières au cours desquels on célébrait le Diable par des chants, des danses, des rondes diaboliques. Certains historiens ont émis l’hypothèse que les nombreux témoignages (recueillis sous la torture, il est tout de même important de le préciser) de prétendues sorcières évoquant ces célébrations démoniaques puiseraient leur source dans ces fêtes populaires, principalement constituées de femmes, qui n’auraient pas plu aux autorités de l’époque…